Depuis plusieurs années, les pays émergents réunis sous la bannière des BRICS cherchent à s’affranchir de leur dépendance au dollar. Loin de créer une nouvelle monnaie unique, ils mettent en place un système de paiements en devises locales qui pourrait transformer la manière dont circulent les capitaux entre l’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine 🌍. Ce projet, discret mais ambitieux, pose une question centrale : assistons-nous à la naissance d’un nouvel ordre monétaire international ?
Qu’est-ce que le « billet BRICS » ? Réalité ou mythe ?
Contrairement aux rumeurs, il n’existe aucune monnaie unique des BRICS mise en circulation en 2025. L’expression de « billet BRICS » a surtout nourri l’imaginaire médiatique, à la manière de l’euro avant son lancement. Dans les faits, les dirigeants du bloc ont confirmé une autre priorité : développer des mécanismes de paiement en monnaies locales, interconnectés entre les banques centrales et compatibles avec les infrastructures existantes.
La comparaison avec l’euro est éclairante. Là où l’Union européenne a choisi une monnaie commune avec une Banque centrale unique, les BRICS préfèrent une approche décentralisée : chaque État conserve sa souveraineté monétaire, tout en s’appuyant sur une plateforme commune de compensation. L’objectif n’est donc pas de remplacer le dollar par une nouvelle devise, mais de réduire son usage dans les échanges commerciaux afin de limiter les frais et les risques liés aux sanctions extraterritoriales.
Cette distinction est essentielle : il ne s’agit pas de lancer une devise concurrente, mais d’établir un réseau d’échanges plus résilient. Les annonces de « billet » relèvent davantage de la communication politique que d’une réalité économique. La véritable avancée se joue dans l’infrastructure de paiement, qui permet déjà à certains partenaires d’échanger directement en roubles, en roupies, en réals ou en yuans sans passer par le dollar 💱.
Pour suivre les déclarations officielles et initiatives liées à ces projets, on peut se référer au site de la Nouvelle Banque de Développement (NDB), l’institution financière créée par les BRICS pour soutenir leurs projets stratégiques.
Comment fonctionne le nouveau système monétaire ?
Le dispositif imaginé par les BRICS repose sur une idée simple : permettre aux entreprises de régler leurs échanges dans la devise de leur partenaire commercial, sans passer par le dollar ou l’euro. Concrètement, les banques centrales mettent en place une plateforme commune de compensation qui agrège les transactions, calcule les soldes nets et ne règle que le reliquat. Ce mécanisme, inspiré des chambres de compensation, réduit fortement les volumes à transférer et donc les coûts associés.
La force de ce système tient à son interopérabilité. Il s’intègre aux rails existants (comme SWIFT) mais propose une alternative plus souple et moins exposée aux blocages unilatéraux. Certaines options techniques, comme l’usage d’un registre distribué (Distributed Ledger Technology) ou la compatibilité avec les monnaies numériques de banque centrale (CBDC), sont étudiées pour fluidifier encore davantage les échanges.
En pratique, une entreprise sud-africaine pourra facturer en rands un importateur indien, pendant qu’un exportateur indien vendra en roupies à un partenaire brésilien. La plateforme compensera ces flux, et les banques centrales interviendront uniquement pour ajuster les soldes restants. Résultat : moins de conversions, moins de frais, et plus de souveraineté monétaire pour les États impliqués.
| 🔑 Caractéristique | Réseau BRICS | SWIFT classique |
|---|---|---|
| Devise de règlement | Monnaies locales (RMB, INR, ZAR…) | USD ou EUR majoritairement |
| Frais de conversion | Réduits (netting multilatéral) | Élevés (conversion intermédiaire) |
| Délai moyen | T+0 à T+2 | T+2 à T+5 |
| Résilience | Moins dépendant des sanctions | Dépendance forte au dollar |
Le réseau de paiements mis en place par les BRICS n’est pas seulement une alternative au dollar. Il représente aussi un moyen pour ces pays de gagner en indépendance financière et de diminuer leur exposition aux fluctuations du marché américain.
Dé-dollarisation et rôle de l’or : quelle stratégie en 2025 ?
La stratégie des BRICS ne consiste pas à évincer brutalement le dollar, mais à réduire progressivement sa part dans les paiements commerciaux. Les dirigeants l’ont répété en 2025 : pas de « monnaie miracle », mais un effort coordonné pour élargir l’usage des devises locales et renforcer les outils financiers communs. Le dollar reste incontournable pour les marchés de capitaux et certaines matières premières, mais son monopole dans le commerce international s’érode.
L’or joue un rôle particulier dans ce dispositif. Il n’est pas destiné à devenir l’unité de compte d’une nouvelle monnaie, mais il sert de réserve de valeur et de collatéral. En cas de déséquilibre temporaire entre les flux commerciaux, les banques centrales peuvent mobiliser leurs réserves en or pour stabiliser les règlements. Les BRICS, qui détiennent ensemble plus de 20 % des réserves mondiales d’or, s’appuient sur cet atout pour renforcer la crédibilité de leur système.
La dé-dollarisation est donc une trajectoire progressive. Selon plusieurs travaux académiques récents, la domination du billet vert a permis aux pays les plus riches de capter chaque année l’équivalent de 1 à 2 % du PIB mondial en rentes financières. En favorisant les règlements en monnaies locales, les BRICS cherchent à corriger cette asymétrie et à renforcer leur souveraineté économique sans provoquer de choc brutal.
Cette orientation s’accompagne d’initiatives complémentaires : financement en devises locales via la Nouvelle Banque de Développement (NDB), élargissement des accords de swaps entre banques centrales, et mise en place de systèmes de messagerie alternatifs. Ensemble, ces outils créent un filet de sécurité qui réduit le risque de sanctions extraterritoriales et offre aux entreprises une alternative crédible aux circuits dominés par le dollar 💵.
Pour les entreprises cherchant à optimiser leurs opérations financières, utiliser la plateforme BRICS pourrait réduire considérablement les coûts de change et améliorer la fluidité des transactions internationales.

Quels avantages pour les entreprises ?
Pour les entreprises, le nouveau système de paiements des BRICS se traduit par des gains immédiats. Le premier avantage réside dans la réduction des frais de change : facturer directement dans la devise du partenaire évite les conversions multiples et réduit les spreads appliqués par les banques. Les délais de règlement, eux aussi, sont raccourcis grâce au mécanisme de compensation multilatérale.
La plateforme offre également une plus grande sécurité opérationnelle. En s’appuyant sur une gouvernance partagée et non sur un seul hub de messagerie financière, les entreprises limitent le risque de blocages extraterritoriaux ou de sanctions unilatérales. Enfin, le recours accru aux devises locales ouvre de nouvelles perspectives de financement en monnaie nationale, via la Nouvelle Banque de Développement ou les banques commerciales intégrées au réseau.
| 📌 Poste | SWIFT classique | Système BRICS | Gain potentiel |
|---|---|---|---|
| Frais de conversion | 0,6 % – 1,2 % | 0,2 % – 0,6 % | Économie de 0,5 pt en moyenne 💰 |
| Délai de règlement | T+2 à T+5 | T+0 à T+2 | 1 à 3 jours gagnés ⏱️ |
| Risque de blocage | Élevé (sanctions, dépendance USD) | Réduit (gouvernance multilatérale) | 🛡️ Plus de résilience |
| Accès au crédit | Priorité au dollar | Prêts en monnaie locale | Alignement avec la trésorerie 📊 |
Exemple concret : une PME pharmaceutique indienne peut importer des matières premières du Brésil en réal et exporter ses médicaments en roupie vers l’Afrique du Sud. La compensation réduit la part à régler en dollars, ce qui allège son cycle de trésorerie et améliore la prévisibilité de ses flux.
Les entreprises qui participent au commerce avec les pays BRICS devraient rester informées sur les évolutions de la gouvernance et des infrastructures techniques du nouveau système pour maximiser les avantages.
Gouvernance et architecture technique : un système robuste ?
Derrière la simplicité apparente des paiements en monnaies locales, la robustesse du dispositif repose sur une architecture technique sophistiquée. Les banques centrales conservent la maîtrise du processus : elles pilotent la liquidité, supervisent les lignes de swaps et administrent les règles de compensation multilatérale.
Le registre distribué (Distributed Ledger Technology) permet d’horodater les transactions et d’automatiser les calculs de netting. Chaque banque centrale détient un compte technique dans la plateforme, et les soldes sont ajustés périodiquement. Des actifs de réserve (or, obligations souveraines, devises fortes) peuvent servir de collatéral pour garantir le règlement final.
Cette infrastructure repose sur trois piliers : une gouvernance équilibrée qui évite l’hégémonie d’une seule monnaie, une sécurité renforcée (chiffrement, résilience cyber, audits indépendants), et une interopérabilité avec les standards internationaux (ISO 20022) pour faciliter l’intégration des acteurs privés. Le défi sera de maintenir cet équilibre sans tomber dans une gouvernance trop politique ou trop fragmentée.
- 🏛️ Gouvernance partagée : rôle central des banques centrales et comités techniques
- 🔐 Sécurité : cybersécurité, chiffrement, continuité d’activité
- 🧩 Interopérabilité : compatibilité avec rails nationaux et CBDC
- 🪙 Collatéral : réserves en or et paniers de devises pour stabiliser les flux
Ces garde-fous visent à inspirer confiance aux entreprises et aux investisseurs. Car un système monétaire alternatif ne peut réussir que s’il est perçu comme prévisible, transparent et sécurisé. C’est ce qui conditionnera son adoption à grande échelle dans les années à venir.
Quels scénarios pour 2030 ? Opportunités et limites
À horizon 2030, plusieurs trajectoires sont envisageables pour le nouveau système monétaire des BRICS. Le scénario le plus probable est une progression graduelle des règlements en devises locales, soutenue par la hausse du commerce Sud-Sud et la maturité technique des infrastructures. Les entreprises en retireraient des gains de 20 à 50 points de base sur leurs coûts de transaction, tout en diversifiant leurs risques de change.
Un scénario optimiste suppose une interopérabilité renforcée et un élargissement rapide des corridors de paiement. Les lignes de swap entre banques centrales deviendraient un filet de sécurité massif, et les réserves internationales des BRICS joueraient un rôle de stabilisateur global, notamment dans l’énergie et les matières premières stratégiques. Dans ce cas, les paiements en devises locales pourraient représenter une part significative des échanges mondiaux dès la fin de la décennie.
À l’inverse, un scénario de blocage n’est pas à exclure. Des standards techniques trop divergents, une gouvernance perçue comme déséquilibrée ou encore une cyberattaque majeure pourraient freiner l’adoption. Le système resterait alors limité à quelques corridors bilatéraux, sans remettre en cause la domination du dollar sur les marchés financiers.
| 📊 Scénario | Caractéristiques | Conséquences |
|---|---|---|
| Central | Adoption progressive, netting élargi | Baisse modérée des coûts, souveraineté accrue |
| Optimiste | Interopérabilité rapide, réserves communes actives | Part élevée des paiements en devises locales 🌍 |
| Pessimiste | Fragmentation et gouvernance contestée | Gains limités, impact surtout bilatéral ⚠️ |
La réussite dépendra donc d’un équilibre subtil entre technologie, coopération politique et confiance des marchés. Ce n’est qu’à cette condition que l’alternative BRICS pourra s’imposer durablement.
Vers un nouvel ordre monétaire mondial ?
Le « billet BRICS » n’est pas une nouvelle devise prête à concurrencer le dollar, mais l’expression d’une stratégie collective : réduire la dépendance au système monétaire dominé par l’Occident et renforcer la souveraineté des économies émergentes. En misant sur les paiements en monnaies locales et la compensation multilatérale, les BRICS privilégient la prudence et l’efficacité plutôt qu’un saut hasardeux vers une monnaie unique.
Derrière ce choix pragmatique se dessine un changement profond. Si l’expérience réussit, elle pourrait marquer la naissance d’un monde monétaire plus multipolaire, où plusieurs devises coexisteraient et se partageraient l’espace financier international. Pour les entreprises, cela signifie plus d’options, moins de risques concentrés et de nouvelles perspectives commerciales. Pour les États, c’est l’espoir d’un équilibre renouvelé dans la gouvernance économique mondiale ✨.










